Pourquoi 850 000 logements sortent de F/G sans travaux ?
Sommaire
Qu’est-ce qui change dans le calcul du DPE au 1er janvier 2026 ?
Le DPE (diagnostic de performance énergétique) ne mesure jamais directement la consommation d’un logement : il applique une méthode conventionnelle, dite 3CL, qui convertit l’énergie finale consommée en énergie primaire à l’aide de coefficients fixés par arrêté. Au 1er janvier 2026, l’arrêté du 13 août 2025 abaisse le coefficient d’énergie primaire appliqué à l’électricité, qui passe de 2,3 à 1,9. Concrètement, pour un même kWh d’électricité consommé, le DPE calcule désormais une quantité d’énergie primaire inférieure d’environ 17 %.
Cette modification ne touche qu’un seul paramètre du calcul, mais ce paramètre pèse lourd pour les logements chauffés à l’électricité, majoritaires dans le parc résidentiel français construit après 1975.
Pourquoi le coefficient de l’électricité passe-t-il de 2,3 à 1,9 ?
Ce coefficient reflète la part d’énergie primaire nécessaire pour produire un kWh d’électricité livré au compteur, incluant les pertes de production et de transport. Plus le mix électrique français se décarbone (nucléaire, hydraulique, éolien, solaire), plus ce ratio théorique diminue, car la production d’électricité nécessite statistiquement moins d’énergie primaire par kWh final. Le coefficient avait déjà baissé une première fois en 2021, passant de 2,58 à 2,3. Le passage à 1,9 traduit une nouvelle actualisation des données de production, sans lien avec l’état physique d’un logement en particulier.
Combien de logements sortent de F/G avec ce changement ?
Selon les estimations du plan Endurance présenté par le ministère du Logement le 17 juin 2026, de l’ordre de 850 000 logements changent de classe énergétique du seul fait de ce recalcul, la majorité passant de F à E ou de G à F. Ces logements ont un point commun : ils sont chauffés à l’électricité, souvent par convecteurs ou par pompe à chaleur, et se situaient juste au-dessus des seuils de classification.
Trois catégories de logements sont concernées différemment :
- Les logements électriques proches d’un seuil de classe (par exemple à 331 kWh/m²/an, juste au-dessus du seuil F/G) basculent immédiatement dans une classe plus favorable.
- Les logements au gaz, au fioul ou au bois ne sont pas concernés, car le coefficient modifié ne s’applique qu’à l’électricité.
- Les logements électriques très éloignés des seuils (isolation très dégradée) restent classés F ou G malgré le recalcul.
Comment obtenir l’attestation gratuite de l’ADEME ?
Les propriétaires disposant déjà d’un DPE réalisé selon la méthode 3CL n’ont pas besoin de commander un nouveau diagnostic. Une attestation gratuite, mise à disposition par l’ADEME, permet de recalculer automatiquement la classe énergétique du logement avec le nouveau coefficient de 1,9, à partir des données déjà enregistrées dans la base nationale des DPE. Cette démarche ne nécessite ni visite d’un diagnostiqueur, ni frais, ni nouvelle mesure sur place.
Elle ne change en revanche aucune donnée physique du logement : surface, isolation, système de chauffage et ventilation restent identiques à ceux constatés lors du diagnostic initial.
Le comportement thermique réel du logement a-t-il changé ?
Non, absolument rien ne change physiquement dans le logement concerné par ce recalcul. Les murs, les fenêtres, la toiture, l’isolation des combles et le système de chauffage restent strictement identiques avant et après le 1er janvier 2026. La température intérieure hivernale, l’humidité relative, la qualité de l’air et le niveau de CO2 mesurés dans le logement ne varient pas d’un degré ni d’un ppm à cause de ce changement réglementaire.
Seul un paramètre conventionnel de calcul évolue, ce qui illustre une limite structurelle du DPE : il repose sur des coefficients théoriques révisables par arrêté, et non sur une mesure physique du comportement thermique réel du bâti.
Le DPE est-il un outil fiable pour connaître la performance réelle d’un logement ?
Le DPE présente des écarts documentés avec la réalité, indépendamment du changement de coefficient de 2026. Une étude Hello Watt montre que 71 % des DPE sont contredits par la consommation réelle observée sur factures, dans un sens ou dans l’autre. Une étude Pouget/IGNES portant spécifiquement sur le volet confort d’été indique un taux d’erreur de l’ordre de 26 % sur cette composante du diagnostic.
Ces écarts s’expliquent par la nature même de la méthode 3CL, qui applique des hypothèses standardisées (occupation type, comportement moyen des habitants, scénario météo conventionnel) plutôt que des mesures effectuées dans le logement réellement occupé. Le recalcul lié au coefficient électrique de 2026 s’ajoute à ces écarts préexistants, sans les corriger.
Quelles conséquences pour MaPrimeRénov’ et la vente d’un bien ?
Ce reclassement a des effets concrets sur l’éligibilité aux aides et sur la valeur affichée d’un bien. Depuis la réouverture de MaPrimeRénov’ le 23 février 2026, le parcours “ampleur” est réservé aux logements classés E, F ou G avec un objectif de gain d’au moins deux classes. Un logement qui passait de F à E au 1er janvier 2026 grâce au seul recalcul du coefficient peut ainsi perdre l’accès à ce parcours d’aide, alors que sa consommation réelle et son besoin de travaux n’ont pas changé.
Côté valorisation immobilière, les études notariales évaluent la “valeur verte” à environ -8 % par classe DPE, et jusqu’à -25 % pour un bien classé G comparé à un bien classé D. Un logement qui gagne une classe sur le papier, sans aucun travaux, peut donc voir sa valeur de vente affichée progresser mécaniquement, ce qui interroge sur la portée informative réelle de l’étiquette.
Vérifier ce que dit vraiment le DPE de son logement
Ce recalcul de 2026 rappelle que le DPE reste un outil conventionnel, utile pour comparer les logements entre eux mais construit sur des hypothèses moyennes révisables par arrêté. Pour savoir ce qui se passe réellement dans un logement donné — température ressentie, humidité, qualité de l’air, besoin réel d’isolation ou de ventilation — seule une mesure in-situ sur plusieurs semaines, en conditions d’occupation réelle, permet de vérifier ces ordres de grandeur et d’orienter des travaux pertinents plutôt que théoriques.
Questions fréquentes
Le DPE va-t-il redevenir moins favorable si le mix électrique se dégrade ?
Oui, le coefficient d'énergie primaire de l'électricité peut être révisé à nouveau si la part de production décarbonée (nucléaire, renouvelables) recule dans le mix français. Ce coefficient n'est pas figé : il a déjà changé en 2021 (passage de 2,58 à 2,3) puis en 2026 (2,3 à 1,9), selon les données officielles de production.
Un logement au gaz ou au fioul est-il concerné par ce changement de coefficient ?
Non, le changement du coefficient d'énergie primaire ne concerne que l'électricité. Les logements chauffés au gaz, au fioul ou au bois ne voient donc aucune modification de leur étiquette DPE liée à l'arrêté du 13 août 2025.
Faut-il refaire son DPE pour bénéficier du nouveau coefficient ?
Non, un DPE existant réalisé selon la méthode 3CL en vigueur peut être recalculé automatiquement via une attestation gratuite délivrée par l'ADEME, sans nouvelle visite du diagnostiqueur ni frais pour le propriétaire.
Ce reclassement améliore-t-il vraiment le confort d'été du logement ?
Non. Le confort d'été dépend de l'inertie thermique, de l'orientation, des protections solaires et de la ventilation nocturne, des paramètres inchangés par ce recalcul. L'étude Pouget/IGNES montre que le volet confort d'été du DPE est déjà erroné dans environ 26 % des cas, indépendamment de ce changement de coefficient.
Sources
- Légifrance — Arrêté du 13 août 2025 modifiant la méthode de calcul du DPE
- Ministère de la Transition écologique — Diagnostic de performance énergétique
- Service-Public.fr — DPE et attestation de recalcul
- France Rénov' — MaPrimeRénov' 2026
- Hello Watt — Étude sur la fiabilité du DPE face à la consommation réelle
- Chambre des notaires — Étude sur la valeur verte des logements
- #dpe
- #reglementation
- #coefficient-electricite
- #mprenov
- #diagnostic