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Canicule à l'école : comment mesurer confort et qualité de l'air ?

L’équipe Senspace5 min de lecture

Quelles sont les obligations légales de qualité de l’air dans les écoles ?

Les établissements scolaires sont soumis depuis 2018 à une obligation de surveillance de la qualité de l’air intérieur (QAI), renforcée par deux décrets publiés fin 2022. Le décret n° 2022-1689 fixe le cadre général de cette surveillance dans les établissements recevant du public accueillant des enfants, tandis que le décret n° 2022-1690 précise les modalités techniques : évaluation annuelle des moyens d’aération, autodiagnostic outillé et, périodiquement, campagne de mesure des polluants (formaldéhyde, benzène, CO2).

Ces textes concernent en premier lieu les crèches et les écoles maternelles et élémentaires, avant une extension progressive aux collèges et lycées. La responsabilité de la mise en œuvre incombe au propriétaire ou à l’exploitant du bâtiment, le plus souvent la commune ou l’intercommunalité pour le premier degré.

Comment fonctionne l’évaluation annuelle de l’aération ?

L’évaluation annuelle de l’aération repose principalement sur la mesure du CO2 dans les salles occupées, utilisé comme indicateur indirect du renouvellement d’air. Deux seuils structurent cette évaluation :

  • 800 ppm : seuil de vigilance indiquant une aération à améliorer (ouverture plus fréquente des fenêtres, vérification des bouches de ventilation).
  • 1500 ppm : seuil d’alerte nécessitant une action corrective rapide, pouvant aller jusqu’à une information des occupants ou une expertise complémentaire.

Cette évaluation peut être réalisée en autodiagnostic, à l’aide d’un capteur CO2 portable ou fixe, sans certification obligatoire pour cette étape. Elle diffère de la campagne de mesure des polluants chimiques, qui doit être menée par un organisme accrédité selon une périodicité de l’ordre de plusieurs années.

Pourquoi les salles de classe surchauffent-elles en juin ?

Les salles de classe surchauffent en juin pour une combinaison de raisons architecturales et d’usage. Beaucoup de bâtiments scolaires construits avant les années 2000 ont été conçus sans réflexion poussée sur le confort d’été : larges baies vitrées sans protection solaire, toitures peu isolées, absence de brise-soleil.

À cela s’ajoutent des facteurs d’occupation propres aux écoles :

  • Densité d’occupation élevée (20 à 30 élèves par salle), chaque enfant dégageant chaleur et CO2.
  • Fenêtres souvent maintenues fermées pour des raisons de sécurité ou de bruit, limitant le renouvellement d’air.
  • Usage de matériel informatique et d’éclairage qui ajoute une charge thermique interne.

La RE2020 utilise pour les bâtiments neufs des seuils de degrés-heures (350 DH en zone tempérée, 1250 DH en cas de dérogation) pour caractériser l’inconfort estival. Ces seuils, conçus pour le logement, donnent un ordre de grandeur utile pour situer la sévérité d’une surchauffe scolaire, même s’ils ne s’appliquent pas directement au bâti existant.

Que révèle une campagne de mesure température et CO2 pièce par pièce ?

Une campagne de mesure in-situ, menée pièce par pièce et heure par heure sur plusieurs semaines, révèle des écarts souvent insoupçonnés entre les salles d’un même établissement. Deux classes situées dans le même bâtiment peuvent afficher des profils radicalement différents selon leur orientation, leur étage ou la présence d’un arbre à proximité.

À titre d’ordre de grandeur, une salle orientée sud sous toiture, sans occultant extérieur, peut dépasser 28-30°C en après-midi lors d’un épisode de chaleur, alors qu’une salle orientée nord au rez-de-chaussée reste sous 26°C dans le même bâtiment le même jour. Sur le volet CO2, une salle de 25 élèves avec fenêtres fermées peut franchir le seuil de 1500 ppm en moins d’une heure de cours, tandis qu’une salle ventilée mécaniquement reste sous 800 ppm toute la journée.

Ce type d’écart n’est visible qu’avec une mesure continue : un relevé ponctuel réalisé à un instant donné ne permet pas de distinguer un pic isolé d’un problème structurel récurrent. L’étude Pouget/IGNES a montré que le volet confort d’été du DPE tertiaire est erroné dans environ 26 % des cas, ce qui illustre les limites des estimations théoriques face à la mesure réelle.

Comment prioriser les travaux d’adaptation grâce aux données mesurées ?

Les données de mesure permettent de prioriser les travaux en distinguant les salles réellement critiques des salles simplement inconfortables. Un classement par sévérité, croisant température maximale, durée de dépassement et niveau de CO2, oriente la collectivité vers les interventions les plus efficaces.

Priorité Symptôme mesuré Type d’intervention
Haute Dépassement fréquent de 30°C et CO2 > 1500 ppm Occultants extérieurs + révision de la ventilation
Moyenne Pics ponctuels de chaleur, CO2 entre 800 et 1500 ppm Protections solaires mobiles, sensibilisation aux ouvertures
Basse Confort globalement respecté Suivi annuel simple, pas de travaux urgents

Cette hiérarchisation évite de traiter uniformément tout un établissement scolaire alors que seules deux ou trois salles concentrent la majorité des problèmes. Elle s’inscrit dans la logique du plan Endurance porté par le ministère du Logement, qui vise à outiller les collectivités pour adapter leur patrimoine bâti aux vagues de chaleur avec des solutions passives avant d’envisager un rafraîchissement actif.

Quels seuils de confort utiliser pour interpréter les mesures ?

Les seuils de confort les plus pertinents pour interpréter une campagne de mesure en école combinent la norme EN 16798-1, qui définit un confort adaptatif fonction de la température extérieure moyenne, et les seuils réglementaires CO2 de 800 et 1500 ppm. Contrairement à un seuil fixe unique, l’approche adaptative admet une plage de confort plus large en été, ce qui correspond mieux au ressenti réel des occupants qu’un chiffre unique type 26°C toute l’année.

Croiser ces deux types de seuils - thermique et CO2 - donne une image complète : une salle peut être en confort thermique acceptable mais mal ventilée, ou inversement bien aérée mais en surchauffe. C’est cette double lecture, heure par heure et pièce par pièce, qui distingue un diagnostic utile d’une simple conformité administrative.

Ces mêmes principes de mesure continue et de seuils croisés s’appliquent tout autant au logement individuel : poser des capteurs température et CO2 chez soi pendant plusieurs semaines permet de vérifier si ces ordres de grandeur observés dans les écoles se retrouvent aussi dans son propre habitat, pièce par pièce.

Questions fréquentes

Quels établissements sont concernés par les décrets QAI 2022-1689 et 2022-1690 ?

Les crèches, écoles maternelles et élémentaires sont concernées depuis le 1er janvier 2018, avec un dispositif renforcé à partir de 2023. Les collèges et lycées sont entrés progressivement dans le champ d'application. L'obligation vise tous les établissements recevant du public accueillant des enfants de manière régulière.

Qui doit réaliser l'évaluation annuelle de l'aération dans une école ?

Le propriétaire ou l'exploitant de l'établissement (souvent la commune pour le primaire) est responsable de l'évaluation. Elle peut être réalisée en interne via un autodiagnostic outillé d'un capteur CO2, ou confiée à un prestataire. Aucune certification spécifique n'est exigée pour l'autodiagnostic, contrairement aux campagnes de mesure des polluants.

Que faire si le CO2 dépasse 1500 ppm dans une salle de classe ?

Un dépassement du seuil de 1500 ppm impose une action corrective rapide : ouverture des fenêtres en quinconce, vérification des bouches de ventilation mécanique, voire réduction temporaire des effectifs. Le décret n° 2022-1690 prévoit une information des occupants et, si le problème persiste, une expertise plus poussée des moyens d'aération.

La climatisation est-elle la solution recommandée pour les écoles surchauffées ?

Non, la climatisation n'est pas la première réponse recommandée pour les bâtiments scolaires. Les solutions passives (occultants extérieurs, ventilation nocturne, végétalisation des cours, inertie thermique) sont privilégiées avant d'envisager un rafraîchissement actif, coûteux en énergie et en investissement pour les collectivités.

Quelle durée de mesure est nécessaire pour diagnostiquer une salle de classe ?

Une campagne de 2 à 6 semaines, couvrant plusieurs journées d'occupation et si possible un épisode de chaleur, donne des résultats fiables. Une mesure ponctuelle sur une seule journée ne permet pas de distinguer un problème structurel d'un simple pic météo isolé.

Sources

  1. Ministère de la Transition écologique — Qualité de l'air intérieur dans les ERP
  2. Légifrance — Décret n° 2022-1690 du 27 décembre 2022
  3. Service-Public.fr — Surveillance de la qualité de l'air dans les établissements scolaires
  4. ADEME — Confort d'été et adaptation des bâtiments
  5. France Rénov' — Rénovation des bâtiments publics
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