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Pourquoi mon appartement reste une étuve même la nuit en été ?

L’équipe Senspace5 min de lecture

Pourquoi un appartement peut-il rester chaud toute la nuit en été ?

Un appartement reste chaud la nuit parce que les matériaux de construction lourds (béton, dalles, cloisons épaisses) emmagasinent la chaleur pendant la journée et la restituent progressivement une fois la nuit tombée. Ce phénomène s’appelle l’inertie thermique. Sur les courbes de température mesurées par les capteurs Senspace, on observe typiquement un pic de température intérieure décalé de 4 à 8 heures par rapport au pic extérieur : le logement continue de chauffer alors que l’air extérieur a déjà commencé à se rafraîchir. Résultat, à 3 heures du matin, la température intérieure peut rester au-dessus de 27 ou 28°C alors qu’il fait 18 ou 19°C dehors. Ce décalage, appelé déphasage thermique, explique pourquoi ouvrir la fenêtre en pleine canicule à 22h ne suffit pas : la chaleur stockée dans les murs continue de rayonner pendant plusieurs heures.

Qu’est-ce que l’inertie thermique et comment amplifie-t-elle la surchauffe nocturne ?

L’inertie thermique désigne la capacité d’un bâtiment à stocker puis restituer de la chaleur avec un décalage dans le temps. Plus les parois sont lourdes (béton, brique pleine, dalle), plus ce décalage est long, ce qui peut être un avantage en hiver mais devient un handicap en été si le logement n’est pas correctement ventilé la nuit. La RE2020 encadre ce risque via deux seuils de degrés-heures d’inconfort (DH) : 350 DH marque un seuil d’alerte, 1250 DH un seuil d’inconfort thermique caractérisé sur la période estivale. Un appartement mal ventilé la nuit et fortement exposé peut dépasser ces seuils de manière récurrente, en particulier en cœur d’îlot urbain où l’air extérieur nocturne peine à descendre sous 22°C, limitant d’autant le potentiel de rafraîchissement passif.

Un logement traversant est-il vraiment plus frais qu’un logement non traversant ?

Un logement traversant est en moyenne plus frais la nuit qu’un logement non traversant, car il permet un balayage d’air d’une façade à l’autre qui évacue la chaleur accumulée. Les campagnes de mesure in-situ menées par Senspace sur des logements occupés montrent un écart de température nocturne de l’ordre de 3 à 5°C entre les deux configurations, à orientation et étage comparables.

Configuration Température vers 4h du matin CO2 en chambre fermée
Traversant, fenêtres ouvertes la nuit 24 à 26°C 900 à 1200 ppm
Non traversant, une seule façade 27 à 29°C 1800 à 2500 ppm
Non traversant, fenêtre fermée (sécurité/bruit) 28 à 30°C 2000 à 3000 ppm

Cet écart s’explique par le renouvellement d’air : sans façade opposée, l’air chaud stagne et la ventilation naturelle nocturne devient quasi inexistante.

Que révèlent les courbes de température et de CO2 mesurées la nuit ?

Les courbes de CO2 mesurées la nuit révèlent souvent le vrai frein à la ventilation nocturne : la fenêtre fermée par sécurité ou pour limiter le bruit. Dans une chambre occupée avec la fenêtre fermée toute la nuit, le taux de CO2 grimpe progressivement de 500 ppm en début de nuit à 2000, voire 3000 ppm au réveil. Les décrets QAI n° 2022-1689 et 2022-1690 fixent des seuils de vigilance à 800 ppm et d’alerte à 1500 ppm dans les établissements recevant du public : à titre de comparaison, une chambre fermée dépasse fréquemment ces seuils réglementaires ERP en quelques heures. Or cette même fenêtre fermée empêche aussi l’évacuation de la chaleur accumulée par l’inertie thermique. Les deux courbes, température et CO2, montent en parallèle et se corrigent ensemble dès qu’une circulation d’air traversante est rétablie, ce qui confirme le lien direct entre confinement et surchauffe.

Quels seuils définissent une nuit d’été inconfortable selon les normes ?

Une nuit d’été est considérée comme inconfortable lorsque la température intérieure ne redescend pas suffisamment pour permettre un sommeil réparateur. La norme EN 16798-1, qui définit le confort adaptatif, situe la zone de confort d’été en catégorie II autour de 25 à 27°C selon la température extérieure glissante, avec une tolérance qui se resserre la nuit. En pratique, les professionnels du bâtiment retiennent souvent le repère des degrés-heures au-delà de 26°C (DH26) et 28°C (DH28) pour quantifier l’inconfort cumulé sur l’été, seuils également mobilisés dans le cadre de la RE2020. L’étude Pouget/IGNES a par ailleurs montré que le volet confort d’été du DPE est erroné dans environ 26 % des cas, ce qui signifie qu’un logement classé favorablement sur ce critère peut malgré tout accumuler un nombre élevé de DH26 ou DH28 mesurés en réalité.

Quelles solutions passives permettent de réduire la surchauffe nocturne ?

Les solutions passives les plus efficaces contre la surchauffe nocturne consistent à maximiser le renouvellement d’air frais tout en bloquant les apports solaires diurnes. Dans l’ordre de priorité généralement observé :

  • ventilation nocturne traversante : ouvrir deux façades opposées ou une fenêtre et une porte pour créer un courant d’air dès que la température extérieure descend sous la température intérieure ;
  • occultants extérieurs (volets, stores) fermés le jour pour limiter l’accumulation dans les parois ;
  • brasseurs d’air ou ventilateurs de plafond, qui n’abaissent pas la température mais accélèrent l’évaporation cutanée et le ressenti ;
  • désolidarisation partielle de l’inertie lourde par des solutions légères réfléchissantes en toiture ou combles.

Ces mesures suffisent souvent à faire repasser un logement sous les seuils RE2020 sans recourir à la climatisation, qui n’est jamais recommandée par défaut avant d’avoir testé ces leviers passifs.

Ces ordres de grandeur, écarts de 3 à 5°C entre traversant et non traversant, seuils DH26/DH28, montée de CO2 en chambre fermée, restent des repères généraux. La seule façon de savoir précisément ce qui se passe dans un appartement donné, avec son orientation, son étage et ses matériaux propres, est de mesurer sur plusieurs semaines la température, l’humidité et le CO2 réels du logement occupé.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il mesurer pour diagnostiquer une surchauffe nocturne ?

Une campagne de mesure de 2 à 6 semaines en période chaude permet de capter plusieurs cycles jour/nuit et au moins un épisode de canicule. Les capteurs enregistrent température, humidité et CO2 en continu, ce qui permet de distinguer un problème d'inertie thermique d'un simple défaut de ventilation ponctuel.

La climatisation est-elle la seule solution contre les nuits chaudes ?

Non, la climatisation n'est pas la seule option. Les solutions passives (ventilation nocturne traversante, occultants extérieurs, inertie légère, végétalisation des baies) réduisent souvent la surchauffe de plusieurs degrés-heures avant d'envisager un équipement actif, conformément à l'approche de la RE2020 qui privilégie le confort passif.

Un logement au dernier étage souffre-t-il plus de l'inertie thermique ?

Oui, un dernier étage sous toiture peu isolée accumule davantage de chaleur via la dalle et la toiture, qui agissent comme une masse thermique supplémentaire. Le déphasage thermique peut y être plus marqué, avec un pic de restitution de chaleur observé en début de nuit plutôt qu'en fin de nuit.

Quelle différence de température existe entre un logement traversant et un non traversant ?

Selon les ordres de grandeur observés lors de campagnes de mesure in-situ, l'écart nocturne peut atteindre 3 à 5°C entre un logement traversant correctement ventilé la nuit et un logement mono-orienté fermé. Cet écart dépend aussi de l'orientation, de l'étage et du niveau d'isolation.

Sources

  1. Ministère de la Transition écologique — RE2020 et seuils de degrés-heures
  2. France Rénov' — confort d'été et rénovation
  3. ADEME — confort d'été dans les logements
  4. CSTB — normes ISO 9869 et EN 16798-1
  5. Légifrance — décrets QAI n° 2022-1689 et 2022-1690
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