Pourquoi mon appartement reste-t-il à 28°C toute la nuit ?
Sommaire
Qu’est-ce que l’inertie thermique et pourquoi empêche-t-elle un appartement de refroidir la nuit ?
L’inertie thermique désigne la capacité des matériaux d’un logement (béton, brique, plâtre, dalles) à stocker la chaleur le jour et à la restituer progressivement, avec un retard appelé déphasage thermique. Pour un mur en béton ou une dalle épaisse, ce déphasage est typiquement de 6 à 12 heures : la chaleur absorbée en début d’après-midi ressort donc en pleine nuit, au moment où l’on cherche justement à dormir.
Ce phénomène explique pourquoi la température intérieure continue de grimper alors que le soleil est couché depuis longtemps. Plus la masse thermique du bâtiment est importante (immeuble ancien en pierre, structure béton des années 1960-1980), plus le stock de chaleur accumulé est grand, et plus la restitution nocturne dure. Sans évacuation de cette chaleur par renouvellement d’air, l’appartement reste bloqué à un plateau haut, souvent autour de 27 à 29°C, toute la nuit.
Un logement traversant se refroidit-il vraiment plus vite qu’un logement non traversant ?
Oui, un logement traversant se refroidit nettement plus vite qu’un logement non traversant, à condition d’ouvrir les fenêtres opposées la nuit. La ventilation croisée crée un flux d’air qui balaie les surfaces chaudes (murs, plafond, mobilier) et évacue physiquement les calories stockées, au lieu de les laisser stagner dans un volume d’air confiné.
Dans un logement non traversant, une seule façade ouverte ne suffit pas à créer un courant d’air efficace : l’air chaud reste piégé, et le taux de CO2 grimpe rapidement au-delà de 1000 ppm dès que les fenêtres se referment, un seuil proche de celui fixé à 1500 ppm par les décrets QAI n°2022-1689 et 2022-1690 pour les établissements recevant du public.
| Configuration | Écart de température en fin de nuit | Ressenti au réveil |
|---|---|---|
| Traversant, ventilé 22h-6h | 4 à 6°C de baisse | Frais, air renouvelé |
| Non traversant, fenêtre entrouverte | 1 à 2°C de baisse | Étouffant, air stagnant |
| Fermé avec climatisation | Baisse rapide mais coût énergétique élevé | Frais, mais dépendance à l’appareil |
Que montrent les courbes de température et d’humidité relevées sur 24h ?
Les courbes de température et d’humidité mesurées in-situ sur 24 heures révèlent un décalage caractéristique entre l’extérieur et l’intérieur. Le pic de température intérieure survient généralement 2 à 4 heures après le pic extérieur, signature directe du déphasage lié à l’inertie du bâti.
Dans un logement non traversant, la courbe nocturne montre un plateau quasi plat, avec une baisse de l’ordre de 1 à 2°C entre minuit et 6h. Dans un logement traversant correctement ventilé la nuit, la même période affiche une descente de 4 à 6°C, un écart qui se lit clairement sur un relevé continu. Un jumeau thermique calibré à partir de ces mesures permet ensuite de distinguer ce qui relève du bâti (inertie, orientation) de ce qui relève des usages (fenêtres fermées, appareils électriques allumés le soir).
Que signifient les degrés-heures DH26 et DH28 utilisés pour mesurer l’inconfort d’été ?
Les degrés-heures (DH) sont l’indicateur retenu par la RE2020 pour quantifier l’inconfort d’été sur la période juin-septembre. Le DH26 cumule chaque heure où la température intérieure dépasse 26°C, pondérée par l’écart au seuil ; le DH28 fait de même à partir de 28°C, seuil plus proche de l’inconfort marqué.
La RE2020 fixe deux repères : en dessous de 350 DH, le logement est considéré en bon niveau de confort d’été ; au-delà de 1250 DH, le seuil réglementaire maximal est dépassé. Ces seuils sont théoriques dans le DPE, alors qu’une mesure in-situ permet de calculer les DH26/DH28 réels du logement occupé. Selon l’étude Pouget Consultants et IGNES, le volet confort d’été du DPE serait erroné dans environ 26 % des cas, ce qui rend la mesure directe particulièrement utile pour vérifier la réalité du terrain.
Comment réduire la restitution nocturne de chaleur sans climatisation ?
Réduire la restitution nocturne de chaleur passe d’abord par des gestes passifs, avant d’envisager tout appareil de climatisation. La norme EN 16798-1, qui définit le confort adaptatif, rappelle que le corps humain tolère des températures plus élevées en été si l’air circule et si les nuits permettent une vraie décharge thermique.
Quelques leviers efficaces et hiérarchisés :
- Fermer volets et stores côté soleil dès le matin, pour limiter le stock de chaleur emmagasiné dans les murs.
- Ouvrir les fenêtres en vis-à-vis dès que la température extérieure descend sous la température intérieure, généralement entre 22h et 6h en période de canicule.
- Créer un courant d’air traversant avec un ventilateur si le logement n’est pas naturellement traversant, pour compenser partiellement l’absence de façade opposée.
- Limiter les apports de chaleur internes en soirée (électroménager, éclairage, cuisson) qui ajoutent de la chaleur au moment où l’on cherche justement à la faire baisser.
Ces mesures ne suppriment pas l’inertie du bâtiment, mais elles réduisent l’écart entre logement traversant et non traversant, souvent de plusieurs degrés en une seule nuit.
Ces ordres de grandeur (déphasage de 6 à 12h, écart de 3 à 5°C entre configurations, seuils DH26/DH28) restent des repères généraux. Pour savoir précisément comment se comporte un appartement donné, poser des capteurs de température et d’humidité pendant plusieurs semaines permet de vérifier ces chiffres à l’échelle du logement réellement occupé, et d’identifier si le problème vient du bâti, de la ventilation ou des usages.
Questions fréquentes
À partir de quelle température extérieure la ventilation nocturne devient-elle inefficace ?
La ventilation nocturne perd son intérêt quand la température extérieure ne descend pas sous la température intérieure souhaitée. Concrètement, si l'extérieur reste au-dessus de 26°C toute la nuit lors d'une vague de chaleur, ouvrir les fenêtres n'apporte plus de rafraîchissement : le logement est alors en dette thermique jusqu'au lendemain.
Le DPE prend-il en compte le risque d'inconfort d'été ?
Le DPE intègre un indicateur de confort d'été, mais il est calculé sur un modèle théorique et non sur la réalité mesurée du logement. Selon l'étude Pouget Consultants et IGNES, ce volet du DPE serait erroné dans environ 26 % des cas, ce qui explique des écarts fréquents entre l'étiquette affichée et le vécu réel des occupants.
L'humidité intérieure aggrave-t-elle la sensation de chaleur nocturne ?
Oui, une humidité relative élevée (au-delà de 60 %) limite l'évaporation de la sueur et renforce la sensation de chaleur, même à température égale. Dans les logements non traversants, l'humidité produite par la respiration et la cuisine s'accumule faute de renouvellement d'air, ce qui dégrade le confort ressenti la nuit.
Faut-il fermer les volets le jour même s'il fait déjà chaud dedans ?
Fermer les volets et stores le jour reste utile même si l'intérieur est déjà chaud, car cela limite l'apport solaire supplémentaire qui s'ajoute à la chaleur déjà stockée dans les murs. C'est l'un des gestes passifs les plus efficaces recommandés avant d'envisager toute climatisation.
Sources
- #confort-ete
- #inertie-thermique
- #ventilation-nocturne
- #logement-traversant
- #mesure-in-situ