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Le DPE va-t-il enfin intégrer un vrai indicateur d'été ?

L’équipe Senspace5 min de lecture

Que mesure exactement le DPE aujourd’hui en matière de confort d’été ?

Le DPE actuel ne mesure aucune température réelle pour évaluer le confort d’été. Il attribue une classe qualitative, « bon », « moyen » ou « insuffisant », calculée à partir de caractéristiques du bâti : présence de protections solaires, inertie thermique des matériaux, possibilité de ventilation nocturne traversante, orientation des baies vitrées. Ce calcul repose sur une méthode forfaitaire, pas sur une simulation thermique dynamique ni sur des relevés in situ.

Cet indicateur est purement informatif : il figure à côté de l’étiquette énergie-climat (A à G) mais ne modifie jamais la note globale du logement. Un appartement classé A pour sa consommation de chauffage peut très bien afficher un confort d’été « insuffisant » sans que cela ait la moindre conséquence sur son étiquette DPE.

Seule la réglementation applicable aux bâtiments neufs, la RE2020, introduit un critère quantitatif : les degrés-heures d’inconfort (DH), avec un seuil de vigilance à 350 DH et un seuil réglementaire maximal à 1250 DH. Mais ces seuils ne s’appliquent pas aux logements existants évalués par un DPE.

Pourquoi des logements notés A ou B peuvent-ils quand même surchauffer ?

Un logement bien classé au DPE peut surchauffer parce que la note DPE reflète avant tout la performance de chauffage, pas le comportement estival du bâtiment. Une isolation renforcée limite les pertes de chaleur en hiver, mais elle peut aussi emprisonner la chaleur en été si elle n’est pas associée à des protections solaires efficaces ou à une ventilation nocturne fonctionnelle.

L’étude Pouget/IGNES a mis en évidence que le volet confort d’été du DPE serait erroné dans environ 26 % des cas, un écart qui s’explique par le caractère forfaitaire du calcul : deux logements aux caractéristiques déclarées identiques (même orientation nominale, même type de vitrage) peuvent avoir un comportement thermique réel très différent selon l’environnement urbain, la présence d’un vis-à-vis, la couleur des façades ou l’usage réel des occupants (fermeture des volets, aération).

Ce constat rejoint celui, plus large, de l’étude Hello Watt, qui montre qu’environ 71 % des DPE seraient contredits par la consommation réelle des logements. Le confort d’été n’est qu’un symptôme supplémentaire d’un DPE construit sur des hypothèses théoriques plutôt que sur des mesures.

Que montrent les mesures réelles dans des logements A et B ?

Les campagnes de mesure in-situ menées par Senspace dans des logements notés A ou B révèlent régulièrement des écarts nets avec l’étiquette affichée. Lors de la canicule de juillet 2026, plusieurs appartements récents ou rénovés, bien isolés et classés A ou B, ont dépassé 28 à 30°C en intérieur pendant plusieurs jours consécutifs, un ordre de grandeur observé notamment dans des logements sous toiture ou à forte exposition sud sans brise-soleil.

Ces relevés, obtenus avec des capteurs de température et d’humidité posés pendant 2 à 6 semaines conformément aux principes de mesure de la norme ISO 9869, permettent de comparer la température réelle du logement aux seuils de confort adaptatif définis par la norme EN 16798-1. Dans plusieurs cas mesurés, le nombre d’heures passées au-delà du seuil de confort adaptatif dépassait largement ce que laissait supposer la classe « bon » ou « moyen » affichée par le DPE.

Ce type d’écart n’est pas anecdotique : il illustre que l’étiquette DPE, calculée sur des hypothèses standardisées, ne peut pas remplacer une mesure réelle propre à chaque logement, son environnement et ses occupants.

Quelles réformes sont sur la table depuis la canicule de juillet 2026 ?

Le débat sur la révision du DPE confort d’été a été relancé par la vague de chaleur de juillet 2026, qui a remis en lumière les limites de l’indicateur qualitatif actuel. Le plan Endurance, présenté par le ministère du Logement le 17 juin 2026, propose d’intégrer au DPE un critère quantitatif inspiré des degrés-heures de la RE2020, calculé via une simulation thermique plus fine que la méthode forfaitaire actuelle.

L’idée centrale est de rapprocher les seuils utilisés pour le neuf (350 DH et 1250 DH) et ceux applicables à l’existant, afin de donner aux ménages une information comparable à celle qui structure déjà la construction neuve. Ce chantier reste toutefois au stade de la discussion réglementaire : aucun décret d’application n’a encore fixé de calendrier ferme, et les acteurs du secteur (bureaux d’études thermiques, fédérations du bâtiment) débattent encore de la méthode de calcul à retenir.

Quels critères pourraient remplacer l’indicateur actuel ?

Trois approches sont aujourd’hui comparées dans les discussions autour de la réforme du DPE :

Approche Principe Statut réglementaire
DPE actuel (qualitatif) Classe bon/moyen/insuffisant, calcul forfaitaire En vigueur, non contraignant
Degrés-heures RE2020 Seuils 350 DH (vigilance) et 1250 DH (maximum) Applicable au neuf uniquement
Confort adaptatif EN 16798-1 Température de confort ajustée à la température extérieure moyenne Norme de référence pour la mesure, non intégrée au DPE

La piste la plus probable, évoquée dans le cadre du plan Endurance, consisterait à transposer les degrés-heures RE2020 à l’existant tout en s’appuyant sur des données climatiques locales plus précises que les zones climatiques actuelles du DPE.

Comment vérifier dès aujourd’hui le confort d’été de son logement ?

La seule façon fiable de connaître le comportement estival réel d’un logement est de le mesurer directement. En attendant une éventuelle révision du DPE, poser des capteurs de température et d’humidité pendant plusieurs semaines couvrant un épisode de chaleur permet de comparer les relevés aux seuils de confort adaptatif de l’EN 16798-1, indépendamment de l’étiquette affichée sur le diagnostic.

C’est précisément l’écart entre ces deux univers, l’étiquette théorique et la température vécue, que révèlent les diagnostics bioclimatiques fondés sur la mesure in-situ. Mesurer chez soi reste, à ce jour, le seul moyen de vérifier si ces ordres de grandeur observés ailleurs s’appliquent aussi à son propre logement.

Questions fréquentes

Le confort d'été fait-il baisser la note globale du DPE ?

Non, l'indicateur confort d'été actuel est affiché à titre informatif à côté de l'étiquette énergie-climat, mais il ne modifie pas la classe A à G du DPE. Un logement classé A peut donc afficher un confort d'été jugé « insuffisant » sans que cela change son étiquette globale.

La RE2020 s'applique-t-elle aux logements existants notés par un DPE ?

Non, les seuils de degrés-heures de la RE2020 (350 DH et 1250 DH) ne concernent que les bâtiments neufs. Les logements existants évalués par un DPE ne sont pas soumis à ce calcul quantitatif, ce qui explique en partie l'écart avec les températures réellement mesurées.

Quel est le lien entre le plan Endurance et MaPrimeRénov' 2026 ?

Le plan Endurance, présenté le 17 juin 2026, vise à orienter les aides publiques vers l'adaptation à la chaleur. Les règles MaPrimeRénov' 2026 (réouverture au 23/02/2026) conditionnent déjà l'aide « ampleur » à un gain d'au moins deux classes DPE pour les logements E, F ou G, un cadre que le plan Endurance pourrait compléter avec un critère été.

Comment savoir si mon logement surchauffe vraiment sans attendre la réforme ?

La seule méthode fiable est la mesure in-situ : poser des capteurs de température sur plusieurs semaines couvrant une période chaude, puis comparer les résultats aux seuils de confort adaptatif de la norme EN 16798-1. C'est la démarche que permet un diagnostic bioclimatique du logement.

Sources

  1. Ministère de la Transition écologique — Le diagnostic de performance énergétique (DPE)
  2. Légifrance — Réglementation environnementale RE2020
  3. ADEME — Confort d'été et rénovation énergétique
  4. Hello Watt — Étude sur la fiabilité du DPE
  5. France Rénov' — MaPrimeRénov' 2026 et rénovation d'ampleur
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